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Théodore Deck, la Wanderschaft

Théodore Deck, la Wanderschaft ou voir du pays pour apprendre le métier… (1)       
par Jean-Marie Schelcher

La naissance d’une vocation

          Le jeune homme de dix-sept ans qu’est Théodore Deck vers 1840 ambitionne d’aborder l’apprentissage de la céramique par le biais d’une formation artistique chez le statuaire strasbourgeois André Friedrich (Ribeauvillé 1798 - Strasbourg 1877). Mais l’école est trop chère; le sculpteur demande deux mille francs, sans logis ni couvert. Comme il n’a pas envie d’un avenir fait d’incertitude, Deck veut rapidement trouver un métier qui lui permette à terme de s’établir de façon stable. En effet, suite à la mort de son père, teinturier de rubans de soie pour l’industriel De Bary, il n’a pas envie de reprendre l’entreprise paternelle et pour lui le hasard fait bien les choses : En 1809, Augustin Marckert (Guebwiller, 10 mai 1784 – Guebwiller, 16 février 1858) était entré dans sa famille en épousant sa grand-tante Marguerite Jehlen. Augustin Marckert est le fils du potier guebwillerois Thiébaud Marckert et de Thérèse Friedrich. L’homme fabrique des poêles en faïence et tient boutique à Guebwiller. Il semble avoir pris le petit Théodore sous son aile et lui avoir appris les rudiments du métier. Peut-être est-ce dans son atelier que la céramique commence à l’habiter...


Partir en apprentissage

           Il a dix-huit ans lorsqu’il entre comme apprenti chez le maître-poêlier Victor Joseph Hugelin de Strasbourg, une maison fondée en 1625 et qui jouit d’une grande renommée sur le plan régional. Le 19 novembre 1869, Théodore Deck adresse une lettre à Édouard Guichard (1815-1889), président de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie : " En 1841, j’entrais en apprentissage dans une fabrique de poêles en faïence à Strasbourg. Déjà en ce temps-là mes moments de loisirs étaient consacrés à un ordre d’idées plus artistiques". Les Hugelin forment une famille de poêliers bien établie dans la capitale alsacienne. D’abord potiers, ils fabriquent de la poterie simple en terre, puis de la faïence ou poterie émaillée en blanc, bleu, brun, et enfin le poêle en émail plombé fin composé d’oxyde de plomb, d’étain, de sel, de potasse et de sable blanc. Le grand-père, François Joseph Hugelin, mort en 1792, a déjà essayé de donner aux poêles en faïence des formes de meubles comme des bahuts, des secrétaires, surtout de vieux meubles à larges tiroirs qu’affectionne l’époque. Son fils, par contre, rapporte d’Allemagne des procédés de fabrication inconnus en France et les transmet à son propre fils Victor Joseph (1820-1884), le dernier représentant de la lignée. C’est lui qui travaille côte à côte avec Deck, Extraits

Partir pour apprendre encore

           L’expérience accumulée demande à être complétée, c’est pourquoi Deck entame un tour de compagnonnage dont le double but est de permettre à chaque individu l'accomplissement de ses possibilités culturelles et professionnelles, grâce à l'exercice de son métier et à la transmission des savoirs.
         Dans les pays germaniques (Ancien Saint-Empire et empire d’Autriche, formant de 1815 à 1866 la Confédération germanique, Suisse alémanique, Holstein, partie sud du Danemark) le Tour du compagnon (la Wanderschaft) est un impératif compagnonnique tout autant qu’un phénomène public et social jusqu’au milieu du XIXème siècle. Il s’agit du long et dur chemin à parcourir vers l’excellence professionnelle, d’un profond ancrage dans le paysage socio-économique et dans la conscience collective. La marche à pied joue un rôle fondamental. Extraits

            La Wanderschaft comprend donc une mise à l’épreuve des principes que parents et ecclésiastiques ont inculqués au jeune homme. La marche à pied apporte sa contribution pédagogique : mens sana in corpore sano. D’ailleurs, cette fierté du compagnon allant à pied s’exprime aussi dans des dictons, tel « Un compagnon à pied est plus grand qu’un noble à cheval ». La Wanderschaft est en même temps un rite de passage à l’âge adulte hors du giron familial ; elle apprend au jeune homme à affronter la réalité et forme son caractère. L’apprentissage éthique est étroitement lié à l’éducation civique. Tout en satisfaisant ses besoins d’évasion et de liberté, le compagnon doit se préparer à ses futures responsabilités de bon citoyen qui doit avoir à cœur de se rendre utile et de faire son devoir au sein de son pays, et pour celui-ci.

Extraits, voir suite dans Heimet 248 juin 2023


Date de création : 25/06/2023 17:31
Catégorie : Médiathèque - Jean Marie SCHELCHER
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