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 histoire de l’Alsace à l’école à la fin du XXe siècle

Heimetsproch ùn Tràdition 2022 – N° 245

L’histoire de l’Alsace à l’école

à la fin du XXe siècle

Dans ce dernier article de notre série, nous verrons un renouveau dans l’enseignement de l’histoire régionale, avec une publication majeure : L’Alsace, une histoire. Dirigé par Bernard Vogler, ce manuel paraît en 1990, une huitaine d’années après le lancement d’une option Langue et Culture Régionales (LCR) dans l’académie de Strasbourg.

Enfin un nouveau manuel

Lorsque L’Alsace, une histoire sort des presses, aucun manuel d’histoire régionale n’avait plus paru depuis celui de Pierre Haas… en 1946 (voir notre article dans le précédent numéro) ! Entre-temps, l’Alsace était devenue une réalité institutionnelle, tandis que l’allemand revenait en grâce dans les écoles, sur fond de construction européenne. Le sénateur Henri Goetschy, ancien président du conseil général du Haut-Rhin, indique, dans la partie française de son avant-propos trilingue (français, alsacien, allemand) avoir « suggéré » à Bernard Vogler, professeur d’histoire de l’Alsace à l’Université des Sciences Humaines de Strasbourg, « d’écrire en condensé l’histoire de l’Alsace destinée aux jeunes ». Pour être un « trait d’union entre deux grands voisins », l’Alsace doit « aimer sa propre personnalité et identité », continue-t-il. En alsacien, Henri Goetschy félicite les auteurs d’avoir écrit « d’Wohret-trei un objektivi Gschecht vu unserem brawa Elsass ».

L’ouvrage est, en effet, le fruit d’un travail d’équipe. Bernard Vogler a rédigé 5 des 9 parties et dirigé l’ensemble ; les 4 autres chapitres ont été répartis entre : un maître de conférences, Georges Bischoff ; deux professeurs de lycée, François Igersheim et Charles Zumsteeg ; et le directeur des Antiquités historiques et préhistoriques d’Alsace, François Pétry.

Une histoire scientifique

Les auteurs donnent le ton de la neutralité dès l’introduction : évoquant les différents changements de souveraineté depuis l’appartenance au Saint-Empire, ils précisent que ceux-ci ont été accompagnés de « vexations, chagrins et rancunes », ne faisant pas de différence entre annexions françaises et allemandes. Traitant de l’Antiquité, François Pétry précise que des tribus germaniques peuplaient une grande partie de la région à l’époque romaine : nous sommes loin de la pureté gauloise revendiquée par le manuel de Pierre Haas ! Georges Bischoff, se penchant sur le Moyen Age, parle des différents empereurs germaniques, boudés jusqu’alors.

Dans la partie couvrant le XVIIe siècle, Bernard Vogler précise bien que les traités de Westphalie étaient loin de donner toute l’Alsace au roi de France : il retrace les étapes de « l’annexion » par Louis XIV, sans cacher qu’elle fut mal acceptée. Traitant de la période 1815-1870, François Zumsteeg consacre un chapitre à la question linguistique, reproduisant des extraits d’un essai de 1867 sur « la conservation de la langue allemande en Alsace ».

La normalisation de l’histoire contemporaine

La nouveauté la plus significative réside dans le traitement de l’histoire contemporaine. D’abord avec la partie intitulée « Le Reichsland ». L’usage du nom officiel de l’Alsace-Lorraine entre 1871 et 1918 témoigne, en soi, d’une volonté de considérer objectivement le régime allemand. François Igersheim, l’auteur du chapitre, ne s’attarde pas sur la guerre de 1870 et la protestation de Bordeaux. Il présente, avec clarté, la nouvelle situation institutionnelle et politique. Surtout, il montre le développement de la région sur les plans économique, social et culturel. Pour évoquer la renaissance de l’identité alsacienne autour de 1900, il cite l’écrivain René Schickele, en version originale allemande.

Examinant la période courant de la Première à la Seconde Guerre mondiale, Bernard Vogler évoque les Alsaciens envoyés dans les camps d’internement français en 1914-1918, l’expulsion de « presque tous les Allemands » après le conflit et toutes les difficultés du retour à la France. Il aborde la question de l’autonomisme alsacien de l’entre-deux-guerres par une clarification terminologique, distinguant séparatistes, autonomistes proprement dits et régionalistes.

La question de l’impact

Elève au Lycée Saint André à Colmar au début des années 2000, l’auteur de ces lignes y a suivi l’option LCR. Nous avons étudié la géologie, la viticulture, les maisons à colombages, les costumes… mais pas l’histoire. L’Alsace, une histoire était certes consultable au CDI de l’établissement, mais le manuel n’a jamais été utilisé pour l’option. Son impact sur le public scolaire doit, sans doute, être relativisée. Mais, comme ses auteurs l’ont écrit en introduction, s’il avait la forme d’un manuel, l’ouvrage visait aussi le « large public », où il a forcément contribué à infuser une histoire scientifique de l’Alsace.

Eric Ettwiller

Agrégé, docteur en histoire

Président d’Unsri Gschìcht

www.unsrigschicht.org

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Couverture de L’Alsace, une Histoire


Date de création : 22/01/2023 23:49
Catégorie : Meinùnge / Opinion - Unsri Gschicht
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