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D’Hàndwarkerdichter 

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D’Hàndwarkerdichter   (Les artisans et poètes)

On connaît des Bauerndichter. La notion, assez familière, est entrée dans les marges de l’histoire des littératures. Marquante dans la littérature alsacienne, la figure de Charles Zumstein (1867-1963), poète du Sundgau, qui se réclamait ouvertement et avec fierté du Bürastànd (l’état de paysan). Pierre Specker, de Kappelen, et Fritz Roess, de Soultzeren, sont deux remarquables poètes paysans que nous avons déjà évoqués ici.

Moins nette paraît la catégorie des poètes artisans. Mais elle signalée dans la précieuse indispensable anthologie illustrée d’Auguste Wackenheim, La littérature dialectale alsacienne (5 volumes, Prat-Editions, Paris, 1993-2003), dont je vais largement m’inspirer. En particulier, trois artisans du bois se détachent : Georg Daniel Hirtz, Paul Drumm et Ernest Buckenmeyer. On va commencer par le premier.

Sous Titre

Georg Daniel Hirtz (1804-1893)

Un personnage attachant, typique du milieu populaire (petit-commerçant et artisanal) de Strasbourg. Il a personnifié en lui et illustré dans son œuvre littéraire abondante les vertus, les us et coutumes, et aussi quelques manies de sa ville natale. Il en est devenu comme un emblème vivant, le poète quasi officiel, chantre, orateur, présent à toutes les manifestations festives. Zweimal Meister : Sänger und Drechsler.

Ses prédécesseurs à Strasbourg, depuis Ehrenfried Stöber (1779-1835) et Georg Daniel Arnold (1780-1829), appartenaient à la bourgeoisie intellectuelle composée de professeurs, pasteurs, notaires, juges, médecins ; lui, fils et petit-fils de tourneurs sur bois, a aussi fréquenté le gymnase protestant Sturm, mais pendant quatre ans seulement. Ses parents l’auraient bien poussé sur la voie de la théologie, mais à 13 ans il préféra commencer son apprentissage de tourneur sur bois (Drechsler) dans l’atelier familial, sis Quai des Bateliers, en face du Château des Rohan. A 19 ans, il eut envie de voir le monde et partit au printemps sur les routes comme artisan compagnon. Er ging auf die Walz.

Son premier voyage, toujours à pied, dura un an. Il a noté les étapes et non pas les distances, mais les heures de marche. Pour nous, une étonnante prouesse. De Strasbourg à Bâle, par Sélestat, Colmar, Mulhouse, il compta 28 heures. Pour gagner Genève, il met 58 heures. Il atteint Nuremberg après 245 heures. Ensuite, c’est Vienne, Breslau, Berlin, au bout de 552 heures ! Là, il se posa pour travailler quelques semaines chez un maître Engel à la confection de meubles destinés aux noces du prince Frédéric-Guillaume. Puis, selon un itinéraire en zigzag, il gagna Hambourg, se rendit à Francfort et Heidelberg, passa en France et arriva à Paris. Chemin du retour en Alsace par Lunéville pour terminer à Strasbourg, après au total 1140 heures de marche !

Incroyable ? Replaçons-nous à l’époque et pensons aux troupes des infanteries napoléoniennes qui ont traversé plusieurs fois l’Europe, de Paris à Madrid, de Paris à Vienne, Leipzig, Moscou. G. D. Hirtz cultivait dans sa jeunesse, comme un Victor Hugo, comme de nombreux poètes romantiques français de sa génération, la nostalgie de l’épopée napoléonienne. Son enfance jusqu’à onze ans, jusqu’à Waterloo, avait été baignée, si l’on peut dire, dans la gloire de cette époque et secouée dans ses tourmentes. Les Alsaciens adulaient Napi et ne maudissaient pas la guerre. Le poète l’a écrit : Schließt sich dein Herz nicht weit auf, geliebter Leser, und pocht nicht in edlem Stolz deine Brust, gedenkst du jener Zeiten der Macht und des Ruhmes, jener Zeiten, da Frankreichs Adler siegreich über dem halben Europa schwebte?

Jean-Paul Sorg

(Fortsetzung folgt : Paul Drumm et Ernest Buckenmeyer)

Extraits, voir l’article au complet dans notre revue « D’Heimet 242 »


Date de création : 01/04/2022 14:55
Catégorie : Médiathèque - Jean Paul SORG
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